LE SYNDROME HSHA
LE SYNDROME HSHA

LE SYNDROME HSHA

 

Un sujet bien méconnu tant par les particuliers que les professionnels… le syndrome HSHA, autrement dit le chien « Hyper Sensible – Hyper Actif » est à l’origine de comportements qui peuvent être gênants pour le maître et handicapants pour l’animal.
Certains professionnels vont le diagnostiquer à tort, car tout chien ayant un très grand besoin d’activités est loin d’être pour autant HSHA. Et d’autres vont passer à côté, jugeant l’animal pendant une période de calme.
Beaucoup ont également appris que les animaux touchés par ce syndrome ne se « posent » absolument jamais. Ceci est faux et physiologiquement impossible : le sommeil est essentiel à la vie. Ces périodes de repos sont toutefois nettement plus courtes qu’à la normale ; il existe plusieurs stades dans ce syndrome, nous y reviendrons.

Nous souhaiterions aujourd’hui partager notre expérience car notre petite Emmy a été diagnostiquée HSHA depuis son plus jeune âge. Afin de nous assurer du diagnostic, nous avons consulté plusieurs vétérinaires comportementalistes de renom, mais nous n’avons jamais opté pour l’administration de médicaments. Non pas que nous jugions ceux qui choisissent cette solution, mais nous voulions avancer de manière différente, trouver des solutions concrètes, et progresser main dans la patte…
Même si aujourd’hui, certaines situations restent complexes (Emmy a 9 ans et demi), les progrès ont été plus qu’incroyables, même fascinants, alors qu’on nous garantissait le contraire. Nous voulons aujourd’hui témoigner qu’avec amour, patience et compréhension : il est tout à fait possible de vivre harmonieusement avec son chien HSHA.

 

Comment se manifeste le syndrome HSHA ?

Le syndrome d’hypersensibilité – hyperactivité du chien se caractérise par des comportements qui peuvent être particulièrement épuisants pour le propriétaire, ce qui peut malheureusement conduire à la dégradation de leur relation homme / chien. Le risque, si aucun travail n’est engagé, est alors de voir l’animal devenir anxieux, agressif, voire d’être rejeté et abandonné par sa famille d’adoption. Mais quels sont ces comportements ?

1. Un besoin d’activité physique particulièrement élevé.

Malgré des balades quotidiennes de 4-5h, ce qui n’est absolument pas normal les premiers mois de la vie d’un chien, nous avions une petite Emmy incapable de dormir ou de se poser, une fois rentrée à la maison.

2. Une excitabilité exacerbée.

Et ce, notamment lors des séances de jeux. Le chien montre alors très vite des signes d’excitation (pupilles dilatées, aboiements, sauts, halètements, courses effrénées…) Et, si la montée en excitation arrive très vite, le retour au calme ne vient pas de manière spontanée et peut tarder à se produire.
Cela peut également être le cas lors d’une visite chez le vétérinaire ; un stress, des odeurs de chats… et Emmy rentre dans un état de « crise » avec tremblements, rythme cardiaque intense, gémissements ininterrompus, voire des hurlements au moindre stimulus (arrivée d’un patient, feuille qui tombe, sonnerie de téléphone, etc.)
On comprend alors le terme « HS » : Hyper Sensibilité à toutes les stimulations.

3. Une exploration importante voire orale de son environnement.

Même en notre présence, son besoin d’exploration est particulièrement important. Le chien HSHA prend alors tout en gueule : objets, coussins de canapé et même des coins de murs. Emmy nous a donné beaucoup de fil à retordre jusqu’à éventrer un matelas, arracher des plinthes, émietter les moulures sur les portes… L’emmener chez des amis est très difficile ; elle passe alors 4h à 6h à explorer chaque petit recoin de ce nouvel environnement, de manière intense et désordonnée. Il nous est alors impossible de profiter du moment car nous devons constamment l’avoir à l’œil : une fenêtre entre-ouverte et elle monte sur le toit, un jardin entièrement clos et elle trouve la seule échappatoire insoupçonnée par les propriétaires, un objet précieux laissé en hauteur et il va vite se retrouver en miettes. Difficile pour elle de rester « sage » (d’un point de vue « humain) tant l’excitation d’un nouvel environnement la gagne. Fort heureusement, les besoins d’exploration de celui-ci s’amenuisent au fur et à mesure des passages.

4. Une vigilance accrue, le chien HSHA ne se « pose » presque jamais.

Cette manifestation de comportement rejoint les 3 premières. Nous sommes face à un petit animal, réactif au moindre stimulus et qui a du mal à se détendre tout simplement. Et c’est tout récemment, en 1998, que Docteur Patrick Pageat établit 2 stades dans le syndrome HSHA du chien.

Le stade 1, stade plus modéré :

·         Défaut de filtre sensoriel : réaction non sélective à tous les stimuli, même ceux habituellement présents dans l’environnement.

·         Défaut de phase d’arrêt : prolongation des comportements, en durée et en intensité.

·         Défaut de morsure inhibée (mordillements) après l’âge de 3 mois.

·         Le chien conserve toutefois des périodes normales de sommeil.

Le stade 2, stade le plus « grave » :

·         Critères du stade 1.

·         Hyposomnie : le chien dort moins de 8h par tranche de 24h.

Emmy est au stade 2, elle ne dormait presque jamais les premières années de sa vie. À aujourd’hui 9 ans, elle dort 1 à 2h en journée et au moins 6h la nuit. Loin de moi l’idée de vouloir coller une étiquette à ma louloute ou un « degré de gravité » à ce syndrome ; l'objectif étant principalement d'en connaître les symptômes afin de pouvoir l’accompagner au mieux dans les manifestations de celui-ci.

5. Un défaut d’attention et de concentration.

Cela s’apparente beaucoup au syndrome humain qu’on appelle TDAH (Trouble de l’Attention – Hyperactivité). La démarche d’apprentissage devient beaucoup plus longue et difficile, mais pas impossible !
Nous avons avancé pas à pas, en commençant par l’éducation de base. Emmy avait beaucoup de retard par rapport à ses congénères, elle connaît aujourd’hui bien plus de choses que la plupart des chiens… comme quoi tout est possible, et nous partions vraiment de loin.

6. Une vulnérabilité émotionnelle.

Les chiens HSHA sont des éponges qui imprègnent, bien plus facilement que d’autres, le niveau émotionnel de leur maître ou de leurs congénères. Un chien stressé > Emmy est stressée. Un chien qui gémit > Emmy gémit. Un chien qui attaque > Emmy attaque, etc. Il faut être particulièrement vigilant car le chien HSHA peut développer de l’anxiété, des peurs ou souffrir de dépression.

7. La boulimie.

Elle a été classée dans les 2 stades du syndrome (cf ci-dessus) :
Le stade 1, le chien peut conserver une sensation de satiété.
Le stade 2, le chien est boulimique.

Au stade 2, Emmy est une petite louloute qui n’est jamais rassasiée. Fort heureusement, son fort taux d’activité lui permet d’avoir des rations plus importantes que la normale. Le fait aussi de lui préparer des rations ménagères occupe un volume plus important dans son estomac. Il n’empêche qu’elle est constamment à l’affût de nourriture. Et les balades nous empêchent de nous concentrer sur autre chose que sur notre petite protégée, car elle est capable d’avaler n’importe quoi.

8. Une gestion difficile de la frustration.

Ne pas savoir gérer sa frustration fragilise la cohabitation chien / humain dans le sens où elle peut entraîner de la désobéissance, de l’agressivité, des destructions massives ou des vocalises. Il existe alors bon nombre d’exercices qui ont beaucoup aidé Emmy !

9. Les troubles obsessionnels compulsifs.

Chaque épisode d’attente entraîne des comportements stéréotypés assimilables au « toc » chez Emmy. Départs en balade, cage d’ascenseur et Emmy tourne « en huit », exactement comme le ferait un lion en cage. Si l’attente est un peu trop longue, ces manifestations d’impatience peuvent entraîner des vomissements (Emmy a, en plus, la maladie de Crohn qui fragilise l’intégralité de son système digestif).


Attention : il ne faut pas confondre un chien HSHA avec un chien insuffisamment dépensé (dépenses physique, exploratrice, sociale, intellectuelle et masticatoire). Un chien qui n’est pas promené suffisamment montre très souvent des signes d’excitation et a du mal à canaliser son énergie débordante, car il n’a aucun moyen de la dépenser. Il suffit généralement de proposer à ce chien des temps de promenade et de jeux plus longs, pour réussir à le calmer. 

Un chien HSHA, au contraire, ne sera pas satisfait par des balades beaucoup plus longues ou la multiplication de jeux en tous genres. Beaucoup vous diront qu’une thérapie comportementale associée à un traitement médicamenteux est indispensable. Nous avons refusé ce choix. Le sujet est tellement méconnu que nous ne voulions pas opter pour cette solution, et nous n'aimions pas l’idée d’administrer des « calmants »… C’est à force d’observations, d’apprentissages, de patience et de compréhension que nous avons appris à avancer en harmonie avec notre petite furie, que nous aimons tellement.

 

 

Quelles sont les causes d’une hyperactivité-hypersensibilité chez le chien ?

L’éthologie clinique est une discipline récente, et il existe actuellement peu de références scientifiques dans ce domaine. Il a cependant été constaté que le rôle de l’environnement est prépondérant dans l’élaboration et la régulation des comportements, au cours de la maturation du système nerveux… et l’on estime seulement à 20% l’apport génétique dans le comportement d’un animal.

Le jeune animal connaît au cours de son développement une succession de phases pendant lesquelles il est particulièrement réceptif à certaines expériences. Ces périodes où l’apprentissage et la mémorisation sont facilités correspondent à des moments particuliers du développement cérébral. Si expériences néfastes il y a, les conséquences sur celui-ci peuvent être malheureuses.

1. le développement du chiot dans un environnement hypostimulant.

Wolff prouve en 1943 que les animaux privés de stimulations au cours de leurs 2 premiers mois (de même d’ailleurs que les animaux isolés) manifestent une nervosité excessive avec mouvements stéréotypés, et une exploration désordonnée des différents milieux une fois adulte.

D’autres expériences ont permis de constater que les systèmes sensoriels du chien, au cours du développement cérébral dans ce même type d’environnement hypostimulant, réagissent de façon équivalente, quelle que soit l’intensité du stimulus rencontré : il y a hypersensibilité.
En 1960, Woods après avoir élevé des rats en milieu restreint (privé de stimulations) avait noté que le comportement explorateur était modifié. Celui-ci était augmenté et désordonné : il y a hyperactivité.

En 1970, Blakemore et Cooper ont exposé des chatons quelques heures par jour à un environnement constitué uniquement de lignes parallèles verticales, jusqu’à l’âge de 7 semaines. Ces chatons, une fois replacés dans un environnement normal ont eu de grandes difficultés à détecter les objets allongés dans un plan horizontal ou se déplaçant dans un plan horizontal.

Les expériences ont été plus nombreuses… le but étant ici de vous expliquer qu’un environnement manquant de stimulations au cours des premières semaines de vie d’un animal, a une incidence directe sur la maturation du système nerveux et du cerveau, dont le rôle est primordial dans l’intégration des comportements : on observe, la plupart du temps, des difficultés d’adaptation, de l’hypersensibilité aux stimulations et une hyperactivité dans l’exploration d’environnements (intérieurs ou extérieurs).

2. Défaut de maternage avant ses 2 mois.

Le rôle de la mère est primordial les 2 premiers mois de la vie du chiot. C’est elle qui intervient quand les petits jouent ensemble et s’excitent mutuellement afin de les calmer. Quand un chiot mord un membre de sa fratrie et lui fait mal, ce dernier émet un couinement qui alerte la mère. Elle intervient alors pour faire cesser le chiot mordeur et apprend ainsi à ses petits ce qu’on appelle la « morsure inhibée ». Cet apprentissage est essentiel pour apprendre au chiot à contrôler sa mâchoire et plus généralement à contrôler tous ses comportements moteurs à l’âge adulte.

La mère offre aussi à ses chiots l’opportunité d’explorer leur environnement de façon sereine en jouant le rôle d’un pilier sécurisant et rassurant auprès duquel le jeune animal peut se réfugier après chaque nouvelle découverte. Si la mère ne peut pas assumer ce rôle, il en résulte un défaut des filtres sensoriels du jeune animal, à l’origine de sa future hypersensibilité.

Le syndrome d’hypersensibilité – hyperactivité intervient donc généralement sur un chiot :

·         qui a été séparé de sa mère avant ses 2 mois

·         ou dont la mère n’a pas pu s’occuper correctement de ses petits en raison d’une portée trop nombreuse,

·         ou dont la mère est immature, incapable de s’occuper de ses petits en raison d’un problème de santé ou souffre elle-même d’un trouble du développement.

Ce trouble peut également survenir chez les chiots qui sont seuls dans la portée car la mère n’aura pas eu beaucoup d’occasions de lui apprendre la morsure inhibée, faute d’interactions avec d’autres chiots. De même, le chiot « unique » aura été moins stimulé physiquement et sensoriellement.

Pour en revenir au cas d’Emmy, elle vivait en extérieur dans un environnement hypostimulant (cage au fond d'une cabane et rien d’autre) et a été retirée de sa mère entre la 3e et la 4e semaine, car l’éleveur estimait que les petits abimaient les mamelles de la femelle allaitante, pour ses expositions beauté. Assez déçus de la nouvelle et de ce comportement de la part de l’éleveur, nous étions à l’époque loin de nous douter des conséquences néfastes que cela aurait sur le développement cérébral de notre petite protégée.

 

 

Quelles sont les solutions ?

Les 2 premières années de sa vie, notre petite Emmy était presque impossible à canaliser. Nous la sortions plus de 4 – 5h par jour et en liberté afin qu’elle ait une bonne dépense énergétique. Et nous faisions systématiquement appel à des dogsitters, lors de nos indisponibilités. Malgré cela, Emmy éprouvait beaucoup de difficultés à se poser, et nous étions bien démunis face à son énergie débordante, son hyper excitabilité, les destructions importantes qu’elle pouvait causer, ses difficultés à s’apaiser, le manque d’interactions que nous avions avec elle et l’irritabilité qu’elle causait chez certains humains… Emmy n’aboyait pas, elle hurlait en permanence une fois en extérieur, tant l’excitation la gagnait ! Les câlins n’étaient pas davantage possibles qu’avec un poisson frétillant hors de l’eau ;-)
Nous nous relaxions peu, tant nous étions vigilants sur ce qu’elle pouvait causer, en intérieur  comme en extérieur.

Bien sûr, nous avons fait quelques erreurs. Mais cela nous a permis de comprendre beaucoup de choses. Il a été tout d’abord facile de constater que le niveau d’excitation d’Emmy a un impact immédiat sur ses comportements et ses interactions. Un niveau d’excitation très élevé tel que celui engendré par des jeux de balle provoque chez elle une perte totale d’auto-contrôles, des comportement agressifs et destructeurs, et une difficulté à retrouver son calme et à capter son attention sur nous. Il est donc important de limiter ce type de jeux, ou d’y consacrer très peu de temps afin de ne pas la surexciter. Et nous avons appris bien plus tard, au cours d’un séminaire sur l’éthologie canine que cela s’appelle le niveau d’éveil. En découlent les comportements et les interactions que nous pouvons attendre de notre chien ; nous y reviendrons.

Nous avons également fait appel à un éducateur. Mais les méthodes coercitives de l’époque ne nous ont pas convenues. Il s’agissait d’inhiber les montées d’excitation d’Emmy et son manque de répondant en jetant une chaîne en métal ou une canette remplie de pièces à côté de ses pattes. Même si nous avions compris l’intention de vouloir « réveiller » Emmy via ces systèmes « puissants » (par le choc qu’ils procurent), Emmy était dans un état lamentable : dos rond, queue basse, tête rentrée, yeux écarquillés et haletante dès le début de la séance, comme s’il faisait 40 degrés… Nous étions en hiver. 

Suite à une deuxième expérience néfaste avec un éducateur, l’idée a alors été pour nous d’avancer dans l’observation et la compréhension du chien sans appliquer de méthode « toute faite » et qui peuvent s’avérer être dévastatrice pour la santé psychologique de l’animal.
Voici ci-dessous les intentions qui ont été envisagées et leurs conséquences.

1. Instaurer de l’interaction

A nos débuts, nous avions l’impression d’être en situation d’échec. Quoique ravis de la voir débordante de vie, nous étions face à un petit sujet, obnubilé par tout ce qui pouvait la monter en excitation (et particulièrement les jeux de poursuite), très difficile à canaliser, quasiment impossible à concentrer sur soi. J’ai alors réfléchi à la question suivante : quelle peut être la base d’une relation saine entre un homme et son chien ? et la réponse m’a parue évidente : la connexion entre les 2 êtres. Sans connexion : pas d’interaction, pas de communication, pas de réponse de son animal.
Emmy montait fréquemment et rapidement en excitation pour tout et n’importe quoi… Et c’est au cours de ces moments que j’ai clairement ressenti la frustration de manquer de connexion avec elle. La solution que j’ai envisagée a donc été la suivante : instaurer de l’interaction alors qu’Emmy monte en excitation. Elle souhaite une friandise ? Au lieu de la fixer dans un état second (yeux écarquillés, tremblements, etc.) elle doit me regarder ; elle en sera récompensée. Elle souhaite que je lui lance la balle ? Elle doit me regarder, et je lui lancerai immédiatement. Je ne demandais pas qu’elle me regarde avec insistance ; je souhaitais simplement qu’elle détourne la tête un quart de seconde, afin de porter son attention sur moi. Les toutes premières tentatives d’exercices ont été un peu longues, il a fallu l’appeler et l’encourager à plusieurs reprises pour qu’elle daigne se détourner de la balle ou de la friandise, afin de me regarder… Mais au bout d’une petite dizaine de tentatives, Emmy a très vite intégré l’exercice ! L’espoir était revenu, le pari était gagné ; je pouvais avoir son attention, aussi minime soit-elle, même dans un état où elle avait beaucoup de difficultés à se canaliser.

J’ai appris bien plus tard que cet exercice s’appelle le « Fixe » ou le « Look » : un outil très utile dans de nombreuses situations afin de reconnecter son animal à soi. Des études ont montré que cet exercice déclenche l’hormone du bien-être et de l’attachement, ce qui est valable pour le chien comme pour le maître. La connexion étant réinstaurée, les liens commencent alors à se renforcer.

 

 

2. Répondre à l’ensemble de ses besoins.

Les activités physiques ne sont pas seulement à prendre en compte. Nous avons fait l’erreur d’imaginer que 4 à 5 h de sorties quotidiennes était suffisant. Il n’en est rien. Non seulement les sorties n’étaient pas suffisamment qualitatives (beaucoup de « statique » et de lancers de balle dans un parc parisien, il en résulte un manque d’exploration évident), mais un chien a d’autres besoins, qu’il soit HSHA ou non.

Pour reprendre notre précédent article La destruction, une fatalité ?, voici une liste non exhaustive de 5 activités essentielles au quotidien de votre chien : physique, exploratrice, sociale, intellectuelle et masticatoire… à adapter plus ou moins en fonction des besoins de chacun. L’âge, la race, la taille et l’état de santé de votre chien sont à prendre en compte… Réfléchissons sur les raisons pour lesquelles cette race a vu le jour : quelles étaient ses tâches, son histoire ? Ceci risque fortement de vous orienter dans nos choix d’activités.

Le célèbre Dr Joël Dehasse en confirme le besoin. Il a d’ailleurs émis l’équation suivante :

AG = AL + AV + AM + AI ce qui signifie : activité générale = activité locomotrice + activité vocale + activité masticatoire + activité intellectuelle

·         Activité locomotrice : promenade, courses, sauts, natation, agility, fly-ball...

·         Activité vocale : aboiements, gémissements...

·         Activité masticatoire : ingestion du repas, mâcher des os, des kongs...

·         Activité intellectuelle : jeux nécessitant la discrimination (retrouver un objet marqué d’une odeur spécifique), recherche de nourriture, …

Dans cette formule, si on veut diminuer une sorte d’activité, il faut en augmenter une autre afin de toujours garder l’équilibre.
Nous en avons donc tiré les conclusions suivantes :

Certes, le fait d’offrir des sorties qualitatives à son loulou est plus qu’indispensable à son bien-être ; c’est probablement l’un des meilleurs moyens pour évacuer son énergie, et l’occasion d’assouvir ses instincts (chasser une proie, courir de longues distances, pister une odeur), explorer de nouveaux horizons ou rencontrer des congénères. Mais n’oublions pas l’aspect mental ; sortir c’est aussi l’occasion de réfléchir, d’analyser, d’observer… l’activité intellectuelle étant tout autant une source de bonne fatigue que d’apaisement.

Cette dernière n’est donc pas à négliger. Des études ont aujourd’hui démontré que la dépense énergétique qui résulte d’une activité de stimulation mentale est bien supérieure à celle d’une activité physique. Et il existe aujourd’hui de très nombreuses façons de stimuler intellectuellement son animal : Kong glacé, Sprinkles, tapis de fouille, etc. (voir article précédent). Ces exutoires en intérieur sont formidables ; tant la réflexion engendrée par le jeu entraîne fatigue, apaisement et satisfaction.

A ces deux activités, nous avons instauré de manière plus fréquente, les activités masticatoires avec des os en peau de buffle et des oreilles de cochon.

Force a été de constater qu’avec une journée plus « complète » en termes d’activités pour Emmy, nous commencions à avoir un petit chien qui commençait à aller dans son panier, afin d’y ronger tranquillement son os et à obtenir plus d’interactions de sa part. Le « Look » était travaillé quotidiennement, nos liens commençaient sérieusement à se renforcer.

3. Choisir ses environnements.

Emmy a un besoin d’exploration particulièrement élevé. L’idée a donc été de lui offrir des balades variées, voire de sortir régulièrement du cadre parisien intra-muros, afin de lui permettre de découvrir de nouveaux horizons et d’étancher cette soif d’exploration. Mais il s’agissait également de favoriser des environnements calmes et non surpeuplés, afin de limiter toutes sortes de tentations : jeux de balles / ballons, pique-niques, zones trop « sauvages » (instinct de chasse)… et de multiplier ainsi les expériences positives.
J’ai pu en effet remarquer que lorsque l’on passe son temps à interpeller son chien au cours d’une balade « non, fais pas ci, fais ça, reviens là, etc… », on n’a plus aucun répondant. On obtient beaucoup plus facilement une réponse lorsqu’on laisse son chien tranquille et qu’on limite les interactions pendant ses phases d’explorations. Il s’agit donc de bien choisir ses environnements de balade, afin de limiter les tentations et éviter ainsi de passer son temps à lui dire non.

4. Instaurer un cadre.

Nous l’avons vu, il est difficile de canaliser un chien HSHA, ce qui peut le conduire à des situations dangereuses, sans qu’il puisse les comprendre lui-même. Il est donc de notre responsabilité de lui instaurer un cadre et les limites à ne pas franchir. Pour ma part, les limites étaient les suivantes : ne pas voler les ballons des enfants ou le repas des pique-niqueurs, ne pas répondre au rappel, ne pas traverser sans mon accord, ne pas prendre de la nourriture ou des déjections au sol. Rien que ça : c’était une vigilance de tous les instants !

Il m’a donc paru indispensable qu’elle intègre parfaitement le « non » (terme que j’ai remplacé par la suite par « tu laisses » dans certaines situations, nous y reviendrons). J’ai donc instauré la punition négative, autrement appelée « P moins » en éducation positive. Sans connaître à l’époque l’existence de ces termes, l’idée était la suivante : Emmy volait un pique-nique > je rentrais immédiatement de la balade, j’attendais 10 bonnes minutes avant d’accepter de la ressortir. La frustration engendrée lui a permis de comprendre certaines limites que je ne cautionnais pas.

Il existe en effet 2 types de punitions :

La punition positive ou « P+ » : ajouter (d'où le +) un stimulus désagréable (fessée, lancer une chaîne au sol, choc électrique), ce qui va entraîner la suppression d'un comportement. Ces méthodes coercitives consistent à inhiber le chien. Je n’y adhère vraiment pas.
La punition négative
 ou « P- »: Retirer (d'où le -) un stimulus agréable jusqu'à ce que le comportement adopté par le chien soit le bon, ce qui va entraîner la suppression d'un comportement. Cette technique est largement utilisée en éducation positive, tout comme le « R+ » (renforcement positif des comportements souhaités)

Retirer immédiatement le plaisir d’une balade a eu la conséquence directe de lui faire comprendre les limites que je ne souhaitais pas voir franchies.

[Je ne saurais malheureusement garantir aujourd’hui si le « non » est parfaitement intégré chez Emmy, parce que j’ai travaillé les comportements souhaités et non désirés grâce au R+ et au P-… ou bien parce qu’elle a eu un « choc » au moment de certains apprentissages avec ses 2 précédents éducateurs traditionnels aux méthodes coercitives (chaîne en métal ou canette au sol à chaque comportement non souhaité). Je n’ai pas la réponse à cette question. Le traumatisme a malheureusement été évident, Emmy a eu peur des canettes de coca pendant de nombreuses années. ]

5. Le renoncement.

Ce point rejoint le précédent. Mais qu’est-ce que le renoncement ? C’est réussir à stopper une action en cours ou stopper une intention de faire, suite ou non à l’intervention du maître. Pour un apprentissage réussi, votre chien doit faire l’association suivante : renoncer, c’est gagner !
Si je fais comprendre à mon chien que s’il lâche son jouet, il obtient une récompense (une caresse, une friandise ou un autre jouet), si je fais comprendre à mon chien que s’il revient vers moi plutôt que de continuer sa course au lapin il aura une récompense, alors mon chien comprendra que renoncer, c’est positif. Tout l’enjeu est donc là : il faut jouer sur la motivation du chien et le renforcement de sa relation avec lui.

En a découlé pour moi 3 apprentissages :

·         Le « tu laisses » (un pique-nique, le ballon d’un enfant, un écureuil suicidaire qui passe sous son nez…) Cet apprentissage a également été très utile pour stopper tout patron moteur de prédation : lorsqu’elle s’avance sur un chien dans une posture particulière, prête à bondir, et pas toujours avec des intentions bénéfiques. Même si cela n’allait jamais jusqu’à la morsure de sa part, son comportement pouvait être très mal reçu.

·         Le « refus d’appât ». Le principe est le même. Il s’agit de lui faire comprendre que si elle renonce sur demande à la nourriture laissée au sol > elle en sera récompensée.

·         Le « lâche ». Lorsque Madame a échappé à ma vigilance pour ingurgiter toutes sortes d’horreurs qu’on peut trouver au sol. Elle est aujourd’hui capable de recracher sur demande. La demande est particulièrement difficile, mais on peut y arriver… quelquefois ;-)

5. Ménager sa sensibilité.

Contrairement aux apparences de chien « fou-fou », un petit sujet HSHA est très émotif. Il convient alors de travailler sur soi, afin de ne pas être une source de stress pour l’animal. Apprendre à se remettre en question, c’est commencer à avancer. Nous avons appris, petit à petit, à moins stresser sur ce qu’il pourrait arriver et à davantage lui faire confiance. Mine de rien, et aussi étrange que cela puisse paraître, lorsqu’on est convaincu que les choses vont bien se passer : elles se passent beaucoup plus sereinement… Emmy est plus cool avec ses congénères et a d’excellents rappels.

Il convient également de revoir ses départs lorsqu’il s’agit de la laisser seule. Ceux-ci peuvent en effet être une source d’angoisse pour l’animal. Il est alors nécessaire de respecter certaines règles que nous avons déjà mentionné dans notre précédent article (La destruction, une fatalité ?) afin d’éviter d’occasionner du stress à son animal.

6. Discerner les niveaux d’éveil.

Le niveau d’éveil est tout simplement l’état de vigilance et d’excitabilité de son chien. Plus le niveau d’éveil est élevé, et plus il est difficile d’obtenir une réponse de sa part. C’est notamment le cas en début de balade, lorsqu’Emmy a besoin d’évacuer toute l’énergie qu’elle a accumulée depuis sa précédente sortie.
Au contraire, lorsque le niveau d’éveil est bas, le chien réagit beaucoup moins à toutes les stimulations qui pourraient se présenter, sa vigilance est moins accrue ; il est alors plus facile d’obtenir son attention. C’est notamment le cas en fin de balade, lorsqu’une bonne partie de son énergie a été évacuée ; Emmy est beaucoup moins excitable, les exercices et les apprentissages deviennent aisés.
Il y a d’autres situations où le niveau d’éveil peut très élevé : visite chez le vétérinaire, sonnerie d’interphone, passage d’un chat... Emmy rentre dans un tel état de transe qu’il devient impossible d’obtenir son attention. À nous de discerner les bons moments pour rentrer en interaction avec elle, et que celle-ci soit positive.

7. Aider son chien à se détendre.

Ce point rejoint directement le précédent : accompagner son animal sur le chemin de la détente et de l’apaisement, c’est apprendre à modifier son propre comportement. Avoir conscience de la « contagion » qui s’opère entre nous et les chiens sans même que nous en soyons conscients est une étape importante à franchir. Il est important de travailler sur soi lorsqu’on interagit avec un animal. Le stress engendre le stress, le calme engendre le calme.

La manière dont on respire, dont on parle à son animal, et la façon que nous avons de le caresser a un impact direct sur son état émotionnel. Les interactions douces, les caresses longues et lentes (et pas les « gratouillis » excitants), une respiration calme de notre part, une attitude particulièrement zen et une voix apaisante ont pour particularité de baisser son niveau d’éveil (et son niveau cardiaque) et il a été fascinant de constater qu’il en est ressorti un comportement beaucoup plus calme.

8. Répondre à sa soif d’apprentissage.

Sujet très sensible qu’est celui des tricks. Ces petits tours ludiques que l’on apprend au chien et qui, soi-disant ne « servent à rien »… ceux qui font dire à pas mal de gens « moi, je ne veux pas d’un chien de cirque ! », ou « laissez-le être un chien, le pauvre ! » Il n’empêche que le fait d’apprendre des petites choses à Emmy, (comme le « look ») a permis soudainement de renforcer notre lien (plus de disponibilité de sa part, plus d’interactions, etc.). J’ai donc commencé à aller plus loin dans les apprentissages, apprendre des choses qui sortent un peu du cadre « normal » (donne la patte, fais la belle, pan t’es mort, roule, recule, touche ton nez, etc.) et il a été fascinant de constater qu’après chaque petite séance d’exercices, Emmy était plus reposée… Et, élément non négligeable : elle a commencé à devenir très câline ce que n’était absolument pas son truc auparavant !

En effet, apprendre des choses, même qui « ne servent à rien » : cela sert à beaucoup de choses justement ! Cela stimule intellectuellement et physiquement son animal, cela améliore la relation avec le maître (à condition de respecter l’animal), et cela renforce sa propre confiance en lui. L’occasion de passer des moments privilégiés, une source de complicité qui se développe…
Il a également été fascinant de constater  qu’il s’agit d’un cercle vertueux : apprendre des tours a renforcé nos interactions, ce qui m’a permis encore plus facilement d’apprendre de nouvelles choses et d’obtenir de plus en plus d’attentions de sa part…

Alors qu’Emmy avait bien plus de retard que ses congénères au préalable, elle connaît aujourd’hui bien plus de choses que la plupart des chiens. Non pas que nous soyons fiers de la quantité de ses tours connus, mais plutôt de la complicité incroyable que ceux-ci ont engendré. Malgré l’hyper sensibilité et hyper activité d’Emmy, nous pouvons dire aujourd’hui que nous avons un chien bien dans sa tête et dans ses pattes… Tant et si bien que les personnes qui la voient aujourd’hui ont du mal à soupçonner le syndrome.

9. Apprendre à accepter certains « échecs ».

Il faut l’avouer, rien n’est tout rose et de toute façon, le mythe du « chien parfait » n’existe pas. Quelques points restent sans solutions, ce n’est pas la fin du monde, nous avons appris à l’accepter et à vivre avec.

Le premier point a été de comprendre qu’avec les difficultés de canalisation d’un chien HSHA :  il faut savoir être patient, réaliser qu’il lui est difficile de porter son attention sur nous dans certains environnements et que rien n’est acquis sans demande. Alors que certains chiens vont d’eux même savoir se contrôler dans certaines situations, marcher en laisse impeccablement à chaque départ, avoir des rappels acquis sans entrainements quotidiens, etc… nous devons, dans notre cas, travailler quotidiennement, et ce, quelques minutes par jour ; non pas parce que les apprentissages n’ont pas été intégrés, mais parce qu’il s’agit de lui rappeler, au jour le jour, qu’elle est toujours gagnante à respecter nos demandes plutôt que d’amorcer certaines « bêtises ».

Le second point a été d’accepter que certaines situations lui demandent trop d’efforts pour avoir suffisamment d’auto-contrôles : visite chez le vétérinaire, autres espèces animales, sonnerie d’interphone… Même si il y a eu des exercices de désensibilisation, les états de crise reviennent quasi systématiquement (pupilles dilatées, gémissements / aboiements / hurlements, sauts, halètements, courses effrénées, tremblements, rythme cardiaque intense et parfois, des vomissements). Nous évitons tant que possible de la mettre dans ce genre de situations, excepté les visites chez le vétérinaire.

 

Conclusion

En France, où plus de 3 chiens abandonnés sur 4 le sont pour trouble comportemental, et dont près de la moitié souffrirait du syndrome d’Hyperactivité-Hypersensibilité, il nous a paru essentiel de vous partager notre expérience. Vivre avec un chien HSHA n’est pas une fatalité… il suffit de prendre le temps de le connaître et de le comprendre, afin de vous adapter au mieux à la situation et de renforcer vos liens. De grand moments de bonheur vous attendent !

Un grand merci à Audrey Legrand, éducatrice comportementaliste et fondatrice d’Happy Good Dog (happygooddog.fr, Instagram : @audreyhappygooddog), qui m’a aidée à recentrer certaines informations dans l’écriture de cet article et qui m’apprend, aujourd’hui encore, beaucoup de choses pour Emmy au quotidien.

 

2 Commentaires

    • Avatar
      Noulhiane
      mars 1, 2019

      Bel article Marie :)

    • Avatar
      Catherine L.
      mars 12, 2019

      Un énorme bravo à vous... pour votre article et pour avoir été des propriétaires exemplaires, dans l'amour et la compréhension de votre chienne.

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